vendredi 23 mai 2014

Vernissage.




Les messages de la Duchesse s'additionnent sans que je parvienne à y répondre, elle et d'autres. Comme lorsque vous regardez le téléphone sonner, bien plus que de l'écouter sonner vous le regarder en train de sonner, du bout de la pièce, vous observez s'il va vous apercevoir ne pas le décrocher, vous le guetter vous vouloir. Vous voudriez que ce soit quelqu'un-e d'autre qui manifeste le téléphone, tout en ayant honte de cette pensée, la honte encore. Vous restez caché-e.
Je reste caché. Tente tardivement quelques lignes à la Duchesse, lui mentionnant l'impression d'avoir une grenade à la place du coeur, alors de ne pas trop la bouger, de rester caché à regarder les jours sonner. Je lui dis cette impression d'être un étranger à mes propres journées. J'engrène les simulacres de quotidienneté basique et de mise au travail, ça fait tourner la machine rassurante pour les alentours. Je lui explique que lorsque la nuit tombe je deviens honnêtement sombre, de la même honnêteté que la nuit qui se noircit sans chercher à paraître ensoleillée. J'éteins les jours en pensant à elle sans elle

Je parle pour ainsi dire uniquement à la Ko-Pilot, qui me dit de venir à des horaires précis car « je voudrais plus de temps avec vous », constatant en effet qu'elle congédie les autres inconnu-e-s 15 minutes plus tôt. Elle me demande si je réalise que j'ai dépassé la folie familiale (« que votre mère vous mordait physiquement atteint tout simplement la folie ») pour tout transformer en force de vie et d'amour, que je ne cesse de me « risquer à vivre »... J'entends Izlé me considérer immature de ne pas assumer le risque d'une rupture et d'y être blessant, je réponds à la Ko-Pilot que son propos est faux, que je ne sais pas vivre et encore moins aimer.
C'est ce que je formulerais également les larmes aux yeux - cachées du mieux possible, toujours cacher - à un gars 35 ans reçu en entretien de pairémulation, d'une rare dizaine de secondes où j'émets une considération personnelle. Il me dit ne pas comprendre comment les autistes nous sommes si fin-e-s à sans relâche observer les relations humaines et {&} le monde dans sa moindre poésie, « mais que pour autant... », il me laisse volontiers terminer sa phrase : « ... il semblerait que nous ne comprenons rien à comment être avec autrui, comment interagir, que nous accumulons erreur sur erreur envers les personnes qu'on aime ». Humblement, profondément, il dit « oui » ; la même blessure circule entre nous, yeux baissés. Nous ne sommes pourtant pas dénué-e-s de cette « violence congénitale à la pensée qui la force à penser », comme lu d'un séminaire à propos de Deleuze, mais nous n'advenons qu'absurdes poètes, intrigant la galerie mais se nécrosant intimement.

J'écris (trop, salement) et je lis (déconcentré) comme une folie fidèle, comme une boucle random dont l'importance est que ça ne s'arrête pas. Sachant ne plus supporter perdre, perdre les organes qui font vivre, perdre les personnes qui font vibrer. (« Ce qui se perd me perd » a commenté mon cerveau hier en rentrant.)
Tenter quelques lignes à la Duchesse, quelques autres cette nuit à Jo, essayer de ne pas perdre les ami-e-s_sans_organes.


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