samedi 8 décembre 2012

Conglomérat (h)eurythmique.


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Il y a cette question à laquelle je n'ai pas répondu à Jo durant notre week-end belge : « qu'est-ce qu'est la musique dans ta vie ? ».
J'ai adoré que la question soit posée, je ne réponds pas lorsque c'est immense. 

Cet immense. La musique.

Une des plus belles discussions de ma vie a été une nuit avec le Saxophoniste, lui féru de musique, moi féru de silence. Il parle doucement, je parle aussi doucement, pourtant passionnés, jusqu'à réaliser que nous parlons en fait de la même chose :
> musique et silence créent un espace à nos existences, probablement l'espace qui nous est le plus intime,
> et surtout que musique et silence constituent une superbe interdépendance, que l'un permet sans cesse l'autre.
Je crois que c'est lui qui le dira, les yeux brillants, « c'est dingue tu parles du silence comme tu parlerais de musique », je lui réponds que le silence est une musique autant que la musique est pour moi un profond silence. Nous partageons une même vitalité. (J'ai envie de lui dire que je le trouve merveilleux, mais il me dira cette nuit-là qu'il part le lendemain plusieurs mois en Australie ou je ne sais plus.)

Vitalité.
N'ai plus aucun doute que la musique m'est vitale.
Même si je peux ne pas en écouter pendant une dizaine de jours, ce qui n'est pas paradoxal car elle est comme du perpétuel en moi, j'y pense, elle m'anime, j'y reviens forcément.
Mon plus vif souvenir est un jour où je dois avoir 9-10 ans, hospit' en service de réanimation = l'enfer de l'enfer, à demi vivant à demi mort, rendu muet par la sonde trachéale et surtout considéré par le personnel glacial comme un être machinique à stabiliser. Expérience extrême vécue une dizaine de fois, le pire du pire dans ma mémoire (avec la violence familiale, l'autre 50 % de l'enfance), si ce n'est ce qu'elle sous-tend : l'urgence à se chercher vivant, notamment dans les luminosités de la chambre, les ombres, les formes des objets et leurs histoires qu'on se raconte pour tenir les heures, les sons (je pressens parfois que mon amour de la musique électro est né des bip-bip/soufflets de cardios/respirateurs de l'époque), et sa peau, sa propre peau dont il faut surpasser la charcuterie pour ne pas lâcher la perception de ses vibrations. La plus belle puissance de vie se produira un matin où j'entends depuis mon lit froid une musique que j'aimais à l'époque, qui semblait provenir d'un poste radio - en réa ?! - mais dont une vingtaine d'années après je me demande toujours si je l'ai rêvée... Quoi qu'il en soit ce fut fulgurant, comme si tout mon être s'est activé en mode ultravie. Ressenti ce truc fou : une immense entrée de lumière dans mon esprit, maximum douce. Presque holistique, il n'y avait plus rien sauf cette musique, ou plutôt il y avait tout par cette musique. J'ai pleuré. De beauté, de soulagement.

En 33 ans il y a eu des phases musicales.
Je réalise seulement dernièrement qu'elles ne sont pas déstructurées mais qu'elles font rhizome.

~ Jusqu'à l'adolescence j'écoute absolument chaque jour 1 à 3h de musique, au walk-man (merveille), allongé en regardant le plafond. C'était sans aucun doute le meilleur moment de ma journée, que je souhaitais à chaque fois infini. Notamment le seul moment d'échappée de la violence de ma mère, musique<>exil.
Aussi, étrange : je me rappelle très bien planer de sensations musicales par des apports endorphiniques du même ordre qu'érotiques.


~ Adolescence : frénésie musicale, orientations. Sortie de la musique populaire-maxi-commerciale de ma famille réalisant surexcité que je peux choisir d'autres musiques, le choix gigantesque qui s'ouvre me survolte d'excitation. Je crois que je demande à 12 ans à Noël ma première K7, R.E.M., et une chaîne hi-fi de qualité sonore. J'avale un maximum de musique, budget et temps. 
Pour autant je la partage peu avec d'autres personnes, je n'en ressens pas le besoin, c'est un univers suffisamment vaste et réconfortant en moi. Je commence à comprendre/architecturer des émotions, des situations, bien plus par la musique que par moi-même. Elle devient nettement plus cognitive à ma façon de capter-vivre.

~ Internet, big up, la musique ne s'arrête plus, de son information à ses découvertes. Puis j'emménage vers Paris, je crois qu'à cette période la moitié de mon cerveau est pour les affaires humaines et l'autre moitié est musicale. Je commence à découvrir l'électro minimaliste allemande et des bonnes sueurs avec DJ Sextoy & tout cet univers que je côtoie plus ou moins.

~ Amours en échos, partenaires, je commence tout juste à ouvrir la musique à d'autres, je n'y parviens que si j'aime profondément ces autres. Ça devient du geste ému.
Céc sera la meilleure caverne aux trésors : il a 10 ans de plus que moi, il est fou de musiques (et de bouquins), il me fait découvrir des tonnes de tendances. J'alterne entre sa super collection du label Studio !K7 et ma plongée fanatique d'Amon Tobin et autres électro/clash/etc que que j'injecte à toute une structure de travail intellectuel et artistique. La musique m'est neuronale. Je commence à réduire beaucoup de musiques « avec paroles », un besoin minutieux de ne se concentrer que sur un agencement sonore. (Il y a quelques irrésistibles chantés, 30%.)
On voyage énormément en bagnole avec Céc, s'enchaînant des heures de compilations
mini-disc sur la route. La musique cinétique = jusqu'à aujourd'hui une des meilleures extases.

~ Puis d'autres partenaires, à chaque fois de précieux partages musicaux ; Sebastian me dit dernièrement que nous sommes un conglomérat des goûts de chaque individu-e aimé-e, yep. Des découvertes échangées bien plus fidèlement que des jetaime. Plus mes insatiables recherches de multiplicité musicale qui alternent étrangement avec des périodes où j'écoute pendant des semaines le seul et unique même morceau.
Nektor gère un label/distro, une autre passionnée. Ma limite sera son amour du punk dont elle rentre de concerts avec des bleus, mais ses bleus diffusent à mon épiderme rose&gris d'autres musiques succulentes, entre autres Radikal Satan qui me ramènera peu à peu vers de l'acoustique+voix.
À l'époque j'habite entre le frangin qui ne vit que dans sa chambre pour sa musique de boîte à rythmes & séquenceurs, notre pote Fuzzkhan, et mon grand[-avorté] projet de vouloir vivre de VJing. Je dois aussi un florilège musical à de géniaux énergumènes lillois-e-s qui m'entraînent vers des myriades pop-punk-électro-psyché-lofi (merci merci merci). Je mixouille à des soirées, cette période musicale est toujours émocérébronirique mais aussi bien plus ludique, mondaine.


~ Et puis vient ce moment où la petite dizaine d'années de vie ludique se révèle un vertige statique, overdose de socialité azimute. Besoin de silence plein, d'énormément de silence. Je suis en couple avec la Violoniste, cette fille est un bonheur de calme sonore, pour autant lorsque je passe devant sa chambre je la vois fréquemment travailler ou rêvasser avec des écouteurs aux oreilles, là où moi je n'écoute quasiment plus de musique.
Nous sommes deux mondes musicaux a priori différents, elle aime le classique, la chanson française sépia et le rock américain 60-70's, j'aime CocoRosie, Autechre, The Knife, et moults autres qui rencontrent rarement sa limite des années 70. Et pourtant... une nuit elle me fera découvrir une passacaille au violon de Biber, ce sera la claque géante et ma petite porte vers l'univers classique.


~ Le désert : je ferme de nombreuses portes humaines, je passe par la fenêtre en la fermant sur le passé, direction le désert où je décide de marcher pour m'apprendre. Il y aura de nombreux silences, d'astronomie, d'ornithologie, de livres, d'océan. Tellement besoin de comprendre le pharaonique bordel de mes émotions passées que je choisis de limiter au maximum les sensations musicales trop fulgurantes. Je ne m'autorise quasiment que la musique classique : parce qu'elle me nécessite aux débuts de la patience et de l'attention (calme), je n'y connais rien et j'ai plus que jamais besoin de découvrir quelque chose à partir de zéro.
Cette musique devient sublime, encyclopédique. Je vénère les téléchargements web, j'apprends j'apprends j'apprends. Beaucoup de gens se trompent en pensant que ce serait de la musique « intellectuelle » (et je déteste sa bourgeoisie qui y est véhiculée voire organisée), c'est bien plus une musique qui demande une pleine ouverture de soi, sans attente, que de l'accueil. Et je me suis accueilli avec cette musique, regrettant fortement de ne pas avoir été amené à la connaître auparavant, si ce n'est qu'il fallait probablement que ça converge uniquement à ce moment de ma vie. Quelque part pour moi une musique très solitaire, autrement intime. Et j'ai conscience d'en avoir découvert à peine 10 %.


~ Il y a environ un an j'ai senti que je souhaitais terminer mon voyage à la Richard Long. Que j'avais acquis beaucoup de compréhensions et que j'étais prêt à bien mieux savoir gérer des émotions. (Suis ultrasensible ==> ai dû apprendre à finement quantifier mes émotions artistiques : je ne peux pas regarder n'importe quel film n'importe quand, idem livres, musique, peinture / sculpture, photo ; des fois je pourrais crever d'émotions 'trop' intenses, dans le désert j'ai appris à m'équilibrer, distendre les plaisirs sans me faire péter l'élastique mental. Être un bon slip. :))
C'était hier, c'est maintenant. 

Ça ne fait que commencer.
J'ai cette impression de pouvoir tisser une super toile d'araignée musicale, réunir les différentes périodes/étapes jusqu'à un infini de grand large. Et j'ai envie, terriblement joyeusement envie. 

Comme si la musique n'implose plus les émotions mais les explose, les distille en quelque chose que je ne saisis pas encore mais qui semble une meilleure eurythmie.


~~~


Au Sonic City je me suis demandé si je retournais dans le désert, tant je me sentais bien-calme, tant je me suis enfilé concert après concert sans vouloir que cela s'arrête (si ce n'est l'absurde choix déséquilibré du boulot de l'ingé son, parfois irrespirable). La semaine d'avant même impression durant le concert de Dan Tepfer.
Je l'évoque à la CoPilot, elle big-smile, moi air interrogateur. Elle dit « vous étiez autiste durant ces concerts », je rétorque mi-bête mi-las « je suis toujours autiste... », elle fait mouche : « oui sauf qu'à ce moment là vous êtes parvenu à être heureux dans votre autisme, sans angoisses ni crise ; vous savez enfin équilibrer l'autisme pour pouvoir le vivre, c'est-à-dire dans la réalité (une foule anxiogène) autant que dans votre bulle (votre intensité de la musique), nettement moins tiraillé ».
... Yep.

Elle me demande d'augmenter une « sorte d'écholalie », de répéter l'écoute de chaque titre musical me faisant du bien, de volontairement m'immerger dedans. Je m'esclaffe nerveusement que pour le coup c'est ce qui me paraît dangereusement autistique, ce que j'essaie de limiter malgré ma puissante tendance à cela. Elle dégaine :
- je sais. Mais vous m'avez dit que c'est la musique et les arts qui vous tiennent ces derniers mois ?
- Oui... ?
- Vous êtes en train de faire quelque chose de votre tristesse.

- Euhh, oui, être triste.
- Pas que. Vous êtes un chercheur fou.

- ?!
- C'est au fond de cette tristesse que vous cherchez à dégager les plus importants plaisirs. Vous avez mal mais vous ne vous faites pas du mal, plutôt le contraire. La tristesse ne vous a pas arrêté, parce qu'il est impossible de vous arrêter à chercher le beau, même si vous ne le réalisez pas ces derniers temps. Juste : n'arrêtez pas.





BEAK, préférés du moment,
avec confirmation positive+++ en live
(et admiration des cheveux soyeux du type aux claviers :)).



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