jeudi 23 août 2012

μετά


« Je découvre tous les jours des choses toujours plus belles. C’est à en devenir fou, tellement j’ai envie de tout faire, la tête m’en pète. »

-- Claude Monet
1864, lettre à Bazille


ai repensé à la dopamine. Et à la musique. Nul doute que la musique me fout dans des états hautement rares.
Il y a une époque de ma vie où j'avais voulu décréter si le plus intense était des (pré-)orgasmes avec une personne que j'aime ou bien des écoutes musicales : autant l'un que l'autre, les deux situations me produisent une élévation physique & psychique. Mis à part que la musique est une addiction beaucoup plus commode et généreuse.

Je ne sais pas si l'autisme y est pour quelque chose, probable au niveau neurotransmetteurs et tout le bordel, mais en parfaite phase musicale j'ai toujours ressenti cette sorte de boom d'accélération où je peux réfléchir et capter 3 fois plus vite [capter³] ce qui se vit. Désavantages : je suis survolté, nerveux, absolument intouchable, total crevé ensuite... Avantage : je deviens un sonar à toutes formes existentielles, je perçois toutes les matrices. Hier durant cette phase j'ai réfléchi à toute allure nettement plus finement à des milliards de choses, et j'étais dans un lieu urbain où j'ai capté énormément de cadrages photographiques ; une machine à détection du m/ondes, un courant électrique supersonique et non plus un individu poussif. Effets secondaires : envie de vomir, migraine, tremblements (que je gère désormais nettement mieux).

J'ai vu ce type faire du jogging dans l'enceinte du CHU, habillé en SuperJogger 80's, c'était parfaitement décalé... l'ambiance lourde de l'hôpital, les sillons de mouvements grabataires des malades, le manège funèbre des ambulances, et ce gars lustré qui file en foulée dynamiques et musclées au milieu de tout ça. Il était fameux, transcendant.
Je me sens ainsi quand je suis high en musique, je fonce quoiqu'il soit du présent, je le dépasse sans préméditation. Je peux alors saisir les molécules les plus faibles pour les combiner avec les plus puissantes, leur développer d'autres potentiels. La musique comme véritable dopant de conscience augmentée. Non pas du sur-homme (Nietzsche t'es mignon mais bon) mais de la méta-conscience, saisissable par quiconque sachant s'injecter du plaisir.

*

Autre scène, en quelque sorte le sentiment de rétrograder pour développer autre chose d'anecdotique.
J'ai eu le droit au rendez-vous ophtalmologique à ces gouttes dans les yeux de que je n'aime pas, si je suis perturbé au niveau visuel tout mon système auditif se met à excéder et je deviens encore plus ultrasensible des sons, autant que je ne comprends plus l'équilibre des mouvements, la donnée du temps et des distances, etc. (Mon évaluatrice du diag autisme m'a dit que les « spécialistes » commençaient tout juste à saisir l'ampleur des spécificités sensorielles en parallèle des cognitives*, et je pense qu'une petite note aux ophtalmos concernant la perturbation du sens de la vue chez certain-e-s patient-e-s serait utile...) [*Et de saisir que dans ce monde le cognitif et le sensoriel sont le même noyau ardent, la soi-disant intelligence n'est que la combustion du cognitif avec le sensoriel.]

Je demande à l'ophtalmo (gentille) si je peux éviter les gouttes cette fois-ci, « j'ai l'air d'un vrai gamin mais je le suis, je n'aime pas l'effet... ». Elle me persuade d'en mettre, « en plus vous avez des yeux vraiment clairs, du coup une petite dose suffira ». Là je lui dis « ah oui j'ai les yeux clairs alors ? », elle me regarde étonnée « vous ne connaissez pas vos yeux ? », je réponds spontanément « un peu, si, je les ai vus il y a quelques semaines à mon anniversaire », réalisant que je passe pour un barjo... j'essaie de rectifier la connerie « en fait je ne me regarde pas beaucoup, du coup je ne connais pas très bien mes yeux ». « Eh bien sachez qu'ils sont clairs. »
Clairs à tel point que les pupilles seront chimiquement aisément ouvertes et une fois à l'extérieur ce sera l'offensive maximum de la lumière du soleil, même en lunettes de soleil. Je me suis posé à une terrasse en essayant de regarder les passant-e-s, avec une vision très floue, saturée et vibrante en balances des blancs. Et j'ai aimé terriblement ce que j'ai vu : l'indistinction des genres des gens, ce que j'apercevais pour une fille élégante se révélait en fait peut-être un gars aux cheveux longs, et ce gars d'une classe finement masculine se dévoilait peut-être une fille. Variations croisées. 



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