lundi 10 septembre 2012

Encadré bleu.

Je fais le trajet aller-retour du bus 56 une à trois fois par jour. J'ai l'impression de le connaître par coeur, et j'aime l'apprendre, dernièrement je mémorise/scanne les fines parties manquantes des arabesques de la ferronnerie d'un long balcon. (Mon cerveau est aussi puissant que stupide. Je sais très bien que c'est une terrible calculette à observations & analyses, mais je n'ai que très peu d'autonomie de raisonnement mental, je dois bêtement en permanence nourrir ce cerveau comme un gros bébé. Être conscient d'être aussi intelligent qu'idiot me plombe.)
Donc, ce trajet 56, et surtout l'impression du « connaître par coeur » : cette expression m'a toujours fait penser à la face cachée de la Lune, ce qu'on connaît par coeur pourrait être la face visible du coeur, il y a toute une partie qu'on ne connaît pas. Et ça me plait, c'est intriguant, j'espère que ça pousse à vivre. {Qu'est-ce qui pousse chacun-e à vivre, qu'est-ce qui pousse...}

De ce trajet en bus je passe devant la petite boutique artisanale de tapisserie, l' « Atelier de Charlotte ». Je ne connais pas Charlotte, j'essaie de l'apercevoir travailler ou fumer sa clope durant ses pauses, mais j'adore l'artisanat du tapis, et les tapis. Souvent je me dis en passant devant son atelier « at least, j'épouserai Charlotte », souriant de ma débilité empaquetée de crédulité.
Charlotte la parfaite inconnue est montée dans mon estime fantasmatique la semaine dernière, pivotetement partiel de la Lune. Par l'exposition dans sa vitrine de cet inattendu mini tapis qui coûte la maxi peau de mon cul (150 €) mais me ravit :


La photo n'est pas de bonne qualité visuelle mais l'exécuteur-ADV ce jour-là débute dans la compréhension de mes informations nuageométriques.

Si j'étais riche je ne serai probablement pas à écrire ce début de phrase, mais le tapis serait mien.
Et à vrai dire la beauté de ces deux oiseaux me comblerait peut-être plus que d'épouser Charlotte, je devrais alors lui expliquer que les objets me font globalement bien plus vibrer que les humain-e-s... Probablement qu'elle me demanderait de lui expliquer pourquoi, comme je la considère intelligente je le lui expliquerai doucement, comme je l'imagine sensible il s'avérerait que je serai honnête et qu'en fait tout le long de mon explication ce qui transparaîtrait le plus c'est que j'aime terriblement les humain-e-s, que mes mots se protègent de l'humanité mais jamais mon âme.



*


Humanités du jour :

z/ Discuter avec le régisseur de la Boule Noire qui se démène pour trouver un accès en fauteuil (enfin, c'est tout d'abord moi qui me démène, comme d'hab) m'entraîne une forte poussée de misogynie envers les créatures féminines de l'accueil et la directrice.

y/ Le con de libraire qui ne fait pas d'efforts d'accessibilité au moins pour le rez-de-chaussée de sa librairie, à qui j'achète pourtant depuis le trottoir un bouquin, et qui annonce tout fier m'avoir fait une remise du fait de l'inaccessibilité de son commerce : 0,30 € la remise. La bonne conscience du valide (qui évite par la même occasion de vraiment agir sur le problème)

v/ La société ferroviaire allemande qui ne démord pas de ne pas vouloir appliquer la gratuité du billet de mon ADV parce que je ne suis pas un « handi allemand ». Et l'Europe, bordel... + Sans explications claires : l'handi doit payer 20 € supplémentaires pour la cabine couchette, comme ça, 20 € wefuckyousoeasy...

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