vendredi 20 août 2010

Je suis content que vous soyez en vie.

Aujourd'hui à Montpellier un rendez-vous époustouflant à 20h avec un envol de probablement plusieurs centaines de martinets noirs.

Les voir arriver par dizaines et dizaines, des nuées de petites flèches sombres qui fusent dans le ciel au dessus de moi. Des étoiles noires, comme dit Bro.
Sensationnel, je sursaute d'éclats de rires et d'envies irrésistibles de lever les bras, de bondir dans les airs.
Se sentir tellement petit à côté de tant d'oiseaux, en être heureux. 

Puis pendant plusieurs dizaines de minutes, chaque groupe volant va se poser minutieusement sur une des trois grues. Jusqu'à remplir entièrement les géants perchoirs métalliques.
Spectacle impressionnant de ces grues devenues entièrement grouillantes d'innombrables vies piaillantes jusqu'à recouvrir le son du pont routier en-dessous.


Ode au soleil couchant, contemplé par des centaines d'oiseaux. Je me dis que tous ces êtres n'ont pas de montres mais une admirable harmonie avec le temps.
Et par dizaines ils repartent à la nuit tombée.

Me laissant un immense sentiment de gratitude.



-->
˅ ˅ ˅ ˅ ˅
-->

En rentrant vers l'hotel il y a eu un accident de voiture à un gros croisement au centre ville.
Je ne supporte pas les voitures, du moins comme objet nettement capitaliste. Tout mon corps s'est crispé en entendant les crissements des pneus, l'éclair de la tôle froissée et l'explosion du verre.
À peine une seconde.

La seconde d'après un silence autant interne qu'externe, comme une suspension de l'univers.

La troisième seconde je me dis que quelqu'un-e est mort, de cet étrange rapport que j'ai à la mort, d'ordre informationnel.

Les secondes suivantes je réalise que tou-te-s les passant-e-s de la rue regardent, de ces regards cathodiques qui comatent le monde. Ce qui me fait ressentir une sensation de mort cette fois-ci insupportable, de cette petite mort-vivante banalisée ; alors je fonce avec Bro (parfaite connexion mutuelle, fraternelle) au milieu de la route vers la voiture accidentée la plus proche.
 
Au même moment la jeune conductrice bouge et sort de la voiture (la conductrice de la deuxième voiture aussi, Bro est avec elle). Je lui souris, étonnement en la regardant vraiment dans les yeux ==> contact de vie, avec toute la douceur que je peux lui transmettre.
Et je ne parviens pas à lui dire grand chose (en une quinzaine de minutes j'ai tenté toutefois quelques blagues qui lui ont décrochée deux sourires au milieu de quelques larmes... et l'écouter, lui parler doucement pour lui permettre de moins trembler), si ce n'est : je suis content que vous soyez en vie. Et à cette phrase j'ai senti des martinets noirs s'envoler depuis ma tête.











2 commentaires:

  1. Un regard fugace et un petit format de photo qui demande une certaine attention (que je n'avais pas), m'ont fait passé à côté des martinets lors de ma première observation.
    Fascinée par la couleur du ciel et le caractère princier de ces grues en contre-jour, j'ai agrandi la photo et wwwouuuaah! Ils sont des milliers!!

    Merci... mon écran d'ordi est devenu une sorte de deuxième paire de lunettes bien plus magiques que ma paire usuelle (même si elles sont très bien aussi celles là)

    Bud

    RépondreSupprimer
  2. Sourire.
    L'ordinateur comme paire de lunettes magiques, oui... Je remarque de plus en plus : lorsque je vois quelque chose de beau quelque part je suis posé dans la vibration du lieu, et je prends toujours des photos (sorte de carnet de route indispensable), puis ensuite, généralement la nuit, j'affiche ces photos sur l'ordinateur (sorte de cahier de route indispensable) et à chaque fois je revis autrement mais intensément l'émotion du beau.
    Et souvent je rigole à constater que mes émotions sont presque encore plus fortes devant cet écran ingénieux qui permet de zoomer le souvenir. Je peux rester de très longs moments à naviguer dans les photos, j'y voyage littéralement.

    Buddy, tes lunettes sont en effet très belles (les plus belles de la bibliothèque), mais à l'Atlantique je vais te montrer que les yeux sont d'infimes récepteurs à la densité de tout ce qui est possible de ressentir.
    Il va aussi te falloir en novembre des oreilles, de la peau, de l'équilibre aux sols, un cerveau flottant, des ailes, un organisme photovoltaïque, des poumons en grand large...

    Let's move !°°°


    cx

    RépondreSupprimer