mercredi 11 septembre 2013

Croesophage.







L'acupuncteur me dit ce truc assez génial :
- Mais non surtout limitez au maximum le lait de vache !
- Ah oui, j'essaie depuis 2 ans, oui par rapport à la digestion...
- Nooon, surtout par rapport à votre gabarit !
- Mon... gabarit ?
- Mais oui avec la petite énergie que vous avez il ne vous faut que du lait de tout petits animaux.
- ... Petits animaux ?!
- Oh oui, vous voyez [il me toise avec sa main], pour vous il faut [il toise sa main deux fois plus basse vers le sol, semi-accroupi] de le chèvre, de la brebis... vraiment de tout petits animaux.

J'adore.
Et lorsqu'il me demande quelle est ma capacité respiratoire, là où généralement l'interlocuteur-ice défaille d'entendre 30 % de CV, lui commence par un « ffffiouu... » et ajoute en souriant positivement « qu'est-ce que vous avez dû apprendre le calme... ». Commentaire judicieux.





Cimer Knud Viktor,

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Et ne surtout pas oublier ce type hier assis en ville au bord d'une fontaine avec une lumière de fin d'après-midi sur lui, une parfaite lumière orangée d'inclinaison basse le rendant absolument unique parmi la foule. Je me suis arrêté hébété en le regardant, réalisant comment la lumière pouvait rendre quelque chose, quelqu'un-e d'une densité inégalée. Presque un éphémère idéal.
Me suis demandé : à quelle heure de lumière est-il possible d'être le plus beau dans sa journée ?


vendredi 6 septembre 2013

Grandis un peu, hein.

J. : Mais quand tu aimes quelqu'un tu n'es jamais déçu ?
C : Si, bien sûr que suis déçu. Très souvent déçu. Il y a une part de déception à ce que je ressens pour toi.
J. : Et pourtant tu restes.
C : Mais pourquoi je me barrerais à partir de la déception ?!
J. : Parce qu'on ne veut pas être déçu...
C : Mais je veux tout ce qui se vit ! Si je choisis d'être avec une personne pour ce qu'elle me plaît c'est que je suis volontaire à dealer autant ce qui ne me plaît pas d'elle. J'ai besoin des deux pour que la personne existe pleinement.
J. : Tu peux aimer et être déçu ?
C : J'accepte d'être déçu si j'aime. Je n'ai pas d'idéal comme toi et plein d'autres, j'ai du putain de temps de crevard à accueillir et découvrir quelqu'un-e, bien au-delà de l'oubli. Je ressens toujours tout, tu ne peux pas le comprendre.
J. : Si... Et je sais que tu n'oublies jamais...
C : Oui...
J. : Est-ce que c'est notamment pour cela que tu ne pardonnes jamais ?
C : ... Oui.
J. : ... Tu ne pardonneras jamais et tu penseras toujours à moi.
C : Probablement. Ce qui te paraît contradictoire. Moi c'est juste, j'sais pas, comme un truc intact. Parfois ça ressemble à une prison de mes émotions qui ne s'échappent pas, mais en fait c'est bien plus des intensités que je ne peux pas fuir parce qu'elles me composent et m'apprennent. Je n'ai pas envie d'oublier, que ce soit beau ou crade. Beau et crade. Toi tu fuis le crade, et tu vas oublier.
J. : Non.

C : Si, bien sûr que si. Tu as déjà oublié.






*


Tendance été-automne de la SNCF envers les client-e-s handi-e-s : leur demande déjà abusive d'arriver 30 minutes à l'avance (si 27 minutes : refus catégorique d'être autorisé à prendre le train, véridique) ne suffit plus. 
Dernièrement arrivé à Montparnasse une quarantaine de minutes avant le train, le « service spécialisé » me refuse l'embarquement, je balbutie
- Mais je suis carrément dans votre délai de 30 minutes ?!
- Oui, mais c'est trop tard maintenant pour que nous ayons du personnel pour vous aider à embarquer. Vous pouvez prendre celui dans 2h. C'est le dernier train d'ailleurs. Vous voulez le prendre ?

+ Envie de se poser quelque jours sur l'île de Batz, louer une vieille piaule et compter les cailloux bretons. Envoi d'un mail au service d'infos du service SNCF des trains régionaux de Bretagne pour savoir si la gare de Roscoff est access' aux handi-e-s. Leur réponse :  
« Vous souhaitez savoir si la gare de Roscoff est accessible aux personnes en fauteuil électrique. Je ne suis pas en mesure de vous répondre. » 
Un collector (énième).
[Évidemment tout compte fait la gare n'est pas access'.]


*


Reste toujours la musique pour dégonfler les hémorroïdes existentielles.
Un vinyle de la série des Éthiopiques acheté méta-excité à un festival de jazz,



puis,
facile mais efficace,


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jeudi 15 août 2013

Karma kermesse.


Jeanne me lâche d'ici peu parce que n'ai pas de bite intégrée ; que je sois un gars - « beau » - pour elle, oui, mais un trans, non. (Si elle le dit.)

Viens d'avoir 34 ans, tout rentre parfaitement dans le désordre.
Indéfectible défécation existentielle. Bouddhisme d'intestin grêle.

Le couple de voisines me laissent des mots manuscrits dans ma boîte aux lettres, félicitant le mini potager que j'ai repris et le jardinet entretenu à la va-vite, m'invitant à venir passer un moment dans leur patio. Je leur dépose une lettre leur expliquant que je suis un ours, inoffensif mais peu enclin à lier contact avec d'autres humanoïdes. Alors que je peux en avoir envie, juste je n'y crois plus.
Je reçois excuses désolées sur excuses consternées de personnes pour les violences insensées dégoulinées dans les raies des fesses du passé, pour la perte de l'amitié/amour désormais regrettée. La pomme d'Adam grossira en triangle saillant à force que je déglutisse autant d'absurdités. À vrai vrai dire j'en deviens moi complètement absurde.

Au taf les vieux-vieilles s'étonnent que je ne parte pas « en vacances ». Ne pas leur dire que pour moi des vacances ce sont des accueils humains, trouver l'Islande et la Sardaigne en quelqu'un-e est le type de voyages que je souhaite.
Les estivales où tout le monde - ayant du fric - veut s'évader (J. dit partir « en fuyance  ») en même temps, conglomération de fun. Pendant que l'autonomie de ces vieux-vieilles est larguée, sous-effectif vacancier autorisé, ils-elles attendront bien septembre pour revivre... Un client me demande de vérifier chaque semaine sa boîte mails, il ne reçoit plus rien depuis l'été, ses correspondant-e-s sont « en vacances », je lui dis en aguichant le sourire « hey c'est un peu mort l'été ! », il a les larmes aux yeux en baissant la tête afin que je ne le regarde pas, je me sens un con. Je suis un con.

La vie c'est un peu comme s'il y aurait plein de gens qui en chient et plein d'autres gens qui leur chient dessus. [Manichéisme de jour férié.]
Toutes les nuits depuis quelques temps je suis brusquement réveillé par une sorte de crissement hurlant dans les oreilles + le rythme cardiaque qui explose douloureusement dans le thorax et le crâne. Ça commence à me donner l'impression de rater de crever aussi.
Mon entourage ne peut pas être inquiet, je souris indéfectiblement. N'est-ce pas.

lundi 12 août 2013

Tampax en bouche.


Fin d'après-midi banal, banalité de caveau à devoir faire des courses uniquement pour soi-même dans l'igloo capitaliste du quartier appelé supermarché.
Il y a une véritable sociologie du supermarché (par tranches horaires, par jours), il est possible d'y profiler la vie d'inconnu-e-s croisé-e-s. Me rassurant fréquemment de détecter les autres trentenaires célibataires, bien que je mets un point d'honneur à éviter de les croiser dans le rayon des plats tout faits, avouant qu'il m'arrive de tomber dans les tréfonds de la solitaire soirée à mono-barquette censée déployer du bonheur éro-buccal via un micro-ondes que je n'ai même pas.


Ce jour-là je retiens deux individus. Deux gars.
La binarité n'est pas mon fort, si ce n'est que je déplore sûrement ad vitam aeternam qu'en matière de masculinité je maintiens deux attitudes : soit je déteste des types, soit je les adore. J'ai à ce sujet licencié le PPP (Petit Psychiatre Pervers) à l'intérieur de mon crâne, à ne plus vouloir me demander quel serait « mon problème », résolu de toute façon apparemment aussi ad vitam aeternam à être bien moins divisé par la gente féminine.


Le premier gars serait celui que je déteste. L'imprégnation de la haine est tout de même bénéfique pour me concentrer à le photographier mentalement. Je le regarde & le regarde, il est à la fin de ma caisse, son ami est en train de ranger et payer. De lui j'ai l'impression de ne voir que sa bouche, il mange en même temps qu'il parle et s'esclaffe, aucun délit à cela, si ce n'est qu'il articule ces actions avec une sorte d'art du dégoûtant.
Il mange avec cette hâte qu'ont fréquemment les mecs, ce truc d'enfourner très très vite pour être satisfait très très vite. Je regarde les morceaux de pain qu'il enfonce avec ses doigts sur sa langue, il garde la bouche grande ouverte tout en mâchant, comme une usine intensive qui ne doit pas s'arrêter, qui ne fabrique plus mais produit. Il peut avoir très faim, me dis-je, mais à l'observer j'ai juste l'impression que sa façon de manger est toujours ainsi, massivement sans savourer. Je regarde sa bouche béante, ses doigts, l'aperçu de sa langue et ses dents, j'ai cette impression qu'il bouffe le monde en même temps, qu'il avale le décor autour de lui.
Cette impression de débordement sûrement car il occupe l'espace également en parlant et se marrant fort, quelque chose de gargantuesque, une présence au monde ventripotente. Le monde en lui, le monde hors lui, tout est pareil pour lui ; son nombril comme sa bouche. La jeune caissière qui galère n'est probablement qu'un robot - ou une poupée gonflable - au maintien de son monde, même son pote qui s'active pour empaqueter leurs courses ne semble pas lui être plus important que sa mastication existentielle. Je me dis le classique : le pire est qu'il a l'air plus heureux que moi ce type.
Je ferme la bouche en passant à la caisse.


Le deuxième gars ne saura jamais à quel point de stupidité j'ai eu envie de le prendre dans mes bras autant que de lui proposer d'aller boire un coup pour qu'il me raconte ce qu'est sa vie. J'ai eu plus de mal à pouvoir l'observer, même si j'ai distendu le temps au maximum, faire d'un moment de vie un mode Bulb au beau (moche) milieu d'un Intermarché.
Il était planté devant le rayon des serviettes et tampons hygiéniques. Enfin ce n'est plus tant un rayon mais un mur, large et plus haut que ce gars. Lui il s'est reculé au maximum dans le couloir étriqué pour pouvoir élargir son champ de vision. Et de cette vision je reconnais son regard, le regard déboussolé du garçon devant la montagne de produits outre-monde, « bordel bordel bordel mais qu'est-ce que je dois ramener... ».
Sauf que son expression ne présente ni dégoût, ni blase, ni affolement irresponsable. Non, il semble investi et téméraire (probablement amoureux aussi, ou alors un divin colocataire), tout petit devant un Tetris de paquets violets, roses, jaunes et autres fluorescences alarmantes. Il m'apparaît aussi penaud qu'enraciné à faire le bon choix, le choix du siècle, ramener l'équation du meilleur niveau de gouttes absorbantes avec la matière en contact la plus révolutionnaire du soyeux. Il ne peut pas comprendre mais assurément il cherche à comprendre, réalisant que son humanité peut se retrouver immigrée. Ramener le paquet royal des menstruations, la MagicBox rendant des ovaires heureuses, tel le premier homme à avoir marché sur l'Iconnu.
Je passe à côté de lui, je m'arrête, avec l'envie de plein de phrases aussi débiles les unes que les autres : « bon courage... », « vous voulez de l'aide ? », « quelles informations vous a-t-elle donné et que vous ne retrouvez pas ? ». À éviter immédiatement « je vous trouve beau là ». Je me demande à vrai dire si c'est la première fois ou la quinzième fois de sa vie qu'il se retrouve ainsi. Moi c'est la première fois que je le vois et je ne l'oublierai pas.
 

dimanche 4 août 2013

Cerf.





350 kilomètres moins 18 centimètres.
Je retiens quelques injures épicènes.
Je chéris l'opiniâtreté des chevaliers.
Et je coiffe une petite raie à MChat.
Aponi moutarde, quoi qu'il en soit.
Plus Abdullah Ibrahim en hamac de tympans.



Samantha French
"Up from below"


samedi 27 juillet 2013

Pain rassi (bon).

 










 





Pote : « Avant tu ne croyais quasiment personne, depuis [le Prince] tu ne crois absolument plus personne. »

J : Tu peux arrêter de toujours penser que je me force avec toi ?
C : Non, je ne crois pas.
J : C'est chiant. Je ne me force pas, mais tu n'y crois pas.
C : Peut-être que tu te forces mais que tu ne t'en rends pas encore compte.
J : C'est n'importe quoi.
C : C'est n'importe quoi et ça existe. Ça maintenant j'y crois.


J'ai fermé l'écriture, la photographie et la parole. Carier les émotions, abcès transparents. Je danse avec le temps, comme un vinyle silencieux qui tournerait. Amnésie de micro-instants, ne rien noter, ne rien conserver, pour ne pas chercher à se rappeler et encore moins à comprendre. Ne pas haïr ni n'aimer, ne pas s'attacher, pleine plaine, la poussière en comptabilité d'existence. Niveler ses impressions, ratisser étroit. 
S'avouer vaincu. Sans vainqueur.


samedi 6 juillet 2013

Pépé au Texas.

Il va se passer quoi si je ne te dis plus rien.
Non pas que je n'ai plus rien à dire. « Rien » serait le paquet cadeau asphyxiant de « trop [dire] », il l'emballe, il le cache, il soyons-raisonnables.
Qui a inventé « trop » ? Je n'ai jamais compris. Est-ce qu'on dit à l'océan qu'il a trop d'eau, au ciel qu'il est trop bleu ? « Trop » est l'armure des peureux-ses, tu le sais, et une armure c'est silencieux en petites écailles de fuites. Moi ça me rend mutique vos armures reptiliennes, il n'y a plus d'épiderme, il n'y a plus de territoire d'existence à partir de vos carcasses tremblantes.

Je n'ai plus envie de donner.
J'ai vu ce film de Wim Wenders dans le train, le gamin avec son cerf-volant rouge cardiaque, voilà, juste prendre le vent ou pas. J'ai arrêté l'image, j'étais devant cette fenêtre du wagon qui fait défiler les éoliennes entre Paris et l'Atlantique, un peu absent à tout je les ai regardées tourner, là aussi prendre le vent ou pas. (Dira-t-on d'une éolienne qu'elle prend trop le vent ?)

*

Je déteste quasiment ce blog pour tout ce qu'il a dit d'inutile ; l'écriture est un fantasme, sa recherche de réalité est une garce. Dire me semble une perte de temps faramineuse, et une arnaque sans fin, un creuset à pickpockets.
Si ce n'est y mettre fin par du faire. Je parle du faire des petites banalités, de celles qui vous font tomber ému-e-s des choses, des faits, des êtres vivants dont tout le monde se fout.
Moi je ne fais plus grand-chose. Parce que je suis vieux dans mon corps, une journée est une montagne rocailleuse. Parce que les galères technico-pratico-politico-financières d'autonomie/s liées au handicap moteur ont réussi à me laminer en profondeur [l'ADV précédemment espéré exemplaire se révèle exponentiellement abusif]. Parce que j'ai aimé tellement de gens qui crachent sur la vie, sur leur vie et celle qu'on leur tend, que ça me donne souvent l'impression de nager dans de la bave.


Je ne fais plus grand-chose, mis à part sourire dès que possible. 

Véritablement comme mon grand-père : assis silencieux à journée entière sur son banc, ne demandant rien mais ne refusant jamais de rire et de s'amuser de la moindre joie qui vient s'asseoir à côté de lui. 
C'est peut-être cela faire grand-chose.