samedi 29 septembre 2012

« T'as vu le Jésus tout rouillé. »

Worse.
Persistance entre 38.2°C et 38.7°C.
Accro au Doliprane autorisé toutes les 5h, la 4ème heure il n'y a plus d'effets et je suis prêt à me propulser contre un mur pour taire les filaments acides jusqu'au bout des doigts, au bout des lobes d'oreilles, dans les rotules, dans la cloison nasale ; comme si la douleur cherche à s'enfuir par toutes les extrémités possibles.
Les poumons en incendie. L'impression que l'infection les lèche méticuleusement. Je commence évidemment à être encombré, à la première expectoration hier soir j'ai cru que je m'arrachais une bronche, sensation d'intense griffure/brûlure. J'ai éclaté d'un rire noir en criant « oh fuck ohhh fuuuuck », ne voyant pas quoi faire d'autre que rire comme un diable.
Sommeil entrecoupé une douzaine de fois par pics fiévreux et étouffements.

Quelques hallucinations.
Une belle.
J'étais parterre, épuisé, et quelqu'un m'a porté, m'a soulevé délicatement du sol. Sauf que pour une fois ce n'était pas ce porté auquel j'ai droit depuis toujours, depuis gamin, le porté technique, celui du handicap, appelé « transfert ». Quelqu'un me prenait dans ses bras pour transmettre du chaud, de la protection, de la présence.


Hier le verdict de 3 années de réflexions intimes (et d'isolement* nécessaire) dont cette dernière année d'évaluation en équipe institutionnelle (on crache généralement sur l'institution mais j'ai eu affaire à des gens pertinents et classes) :
autiste avec haut potentiel cognitif.
 

[PS : haut potentiel cognitif = domaines de douance = ultra débile socialement.] 

Plus précisément l'élaboration de cette saloperie de DSM-V modifie soudainement les acquis langagiers, on ne dit plus « autiste » mais « profil autistique » ou « appartenant au spectre autistique » ou « présentant des troubles envahissants du développement », etc. ; tout comme la référence Asperger est censée ne plus exister. 
J'emmerde la nosographie, j'emmerde le langage et encore plus ses bienséances fantoches. Il m'a été rendu : vous présentez un profil autistique différentiel et complexe avec un haut potentiel cognitif. Ce qui m'a agacé, ce à quoi j'ai demandé :

- « "complexe" signifie que j'ai été caméléon pendant trois décennies, c'est cela ? » : oui, et avec ledit haut potentiel cognitif paraît-il que j'ai pu m'adapter de tonnes d'apprentissages de la normalité et je suis passé à la trappe de nombreuses détections psy, « autant que votre handicap physique a continuellement brouillé les pistes ». Bravo les gars, vive la France...

- « Bon sans tourner autour du pot, je connais bien les débats entre le DSM-IV et le DSM-V, juste là j'ai 33 ans et j'ai besoin de savoir : autiste ou pas ? » : oui, de toute évidence.
Blam.
J'ai eu une montée de colère ancestrale heureusement assommée par la fièvre, j'ai bredouillé un « pourquoi le comprendre seulement maintenant ? ». Le type me dit : « la fatigue... vous êtes allé jusqu'au maximum de votre fatigue d'adaptation dans un monde complètement surchargé pour vous, et jusqu'à ce que vous ne puissiez plus paraître constamment le plus normal possible ». Jusqu'au
*désert.

Ce type me perçoit sûrement retenir des tornades de larmes, il me dit « ça a été très dur jusque-là pour vous, très très dur, vous avez déployé énormément d'énergies pour vous en sortir complètement seul, jusqu'à épuisement qui vous a permis de comprendre... Vous allez y arriver à vivre, vous savez. »

Non je ne sais pas.
Et je lui demande si je peux partir.

J'ai ce putain de sentiment en boucle, « il est trop tard ».
D'être une sacrée erreur absolument/logiquement incompatible, pas aimable.
I'm so sick of this life, I'd like to puke it.



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