lundi 27 septembre 2010

Z Point.

Implosion existentielle, explosion humaine, ces derniers jours ; désintégration de mon humanité dans cette existence. Une fois de plus.
Et à partir de maintenant devant cet écran, vouloir écrire pour je crois rendre compte de deux niveaux de vie : la vie qu'il y a dans cette implosion-explosion et la vie qu'il y a après. La vie partout même quand elle n'y paraît pas.
Peut-être comme dans la scène finale de "Zabriskie Point" où l'explosion est au premier abord insupportable, mais ce que filme majestueusement Antonioni c'est toute la vie qui est cont_enue et qui va cont_inuer depuis cette explosion.

Vouloir écrire ce que je ne comprends pas, là est ce que je peux appeler « ma turbine », cette disposition à être une machine - une machine humaine - qui cherche sans cesse la compréhension de l'incompréhensible.
Mais, aussi épuisante et douloureuse soit-elle, cette turbine ne peut jamais me décevoir. Car voici une première évidence : à dire « je ne comprends pas » c'est déjà comprendre quelque chose. [Rien : n'existe pas.]
Et la simple action à me répéter que je ne comprends pas beaucoup de choses m'a permis d'entrevoir - à partir d'un infime décalage, comme une minuscule magie salvatrice - une autre disposition, celle de moi-même à me harceler et donc de pouvoir agir sur cet auto-harcèlement. Ma turbine n'est pas si fantômatique que ça, elle a un moteur que je peux apprendre peu à peu à freiner.

*

Comment raconter cette implosion-explosion...
En laissant mon cerveau répondre spontanément, ça vient de donner :

lorsqu'un ordinateur doit communiquer avec une fontaine.

Mon cerveau je l'aime aussi loufoque soit-il, je le trouve rigolo et il ne m'ennuie pas. C'est bien plus lorsque je dois le réfréner car il est attendu de lui autre chose que je suis énervé à constater qu'il est incapable de s'adapter rapidement.
L'ordinateur : c'est plutôt moi avec ce cerveau plus ou moins rigolo, une programmation assez loufoque. La fontaine : c'est plutôt un ensemble jaillissant et toutefois organisé que peuvent constituer les relations sociales que je fréquente.

En tant qu'ordinateur je fonctionne, et je fonctionne souvent fichtrement bien à analyser. Du plus tôt que je puisse me rappeler, disons de mon plus vieux souvenir de mise en route, j'analysais, et mon plaisir de fonctionnement - oui il y a véritablement du plaisir - a été au fur et à mesure de complexifier mes analyses.
Quelque chose comme ça : si quelqu'un-e passionné-e de puzzles a plaisir à terminer un puzzle de 30 pièces, il sera probablement amusant pour cette personne la prochaine fois de tenter un puzzle de 90 pièces, ou ne serait-ce que de varier le dessin du puzzle pour varier les combinaisons d'aboutissement. Je ne parle pas de l'aboutissement comme d'une fin en soi, mais exactement comme ce que dit James P. Carse dans « Jeux finis, jeux infinis » : « Un jeu fini se joue pour gagner, un jeu infini pour continuer à jouer ».

Le drôle (...) d'ordinateur que je suis aime regarder des fontaines, j'aime analyser leurs jets d'eau.
Ça peut profondément me ravir de beauté/s autant que ça peut intensément m'intéresser d'analyser l'agencement de chaque parcours de paquets de gouttes. Ainsi donc, analyser me procure des émotions autant que des stimulations. Et analyser est mon fonctionnement, je ne sais pas m'éteindre.

L'efficace ordinateur que je suis apprécie d'être entouré de ces fontaines.
Les fontaines, elles, jaillissent dans tous les sens, bien souvent les unes vers les autres. Parfois j'ai l'impression que c'est harmonieux, d'autres fois ça ne me semble pas l'être ; mais en fait je ne sais jamais vraiment ce que c'est car mes programmes, aussi curieux d'apprendre soient-ils, ne savent pas créer un véritable jet d'eau, bien qu'ils sachent minutieusement le pixelliser. [« Un véritables jet d'eau » : le véritable & la réalité, tout un débat avec mon cerveau, soit dit en passant...]
L'honnête ordinateur que je suis a toujours essayé de dire ou de signifier aux fontaines que je suis un ordinateur et non pas une fontaine. Les fontaines disent souvent qu'elles comprennent, qu'il faut que je me sente cool avec le fait d'être un ordinateur (oui, merci, je le suis déjà) et qu'il n'y a pas de problème pour elles (dans « il n'y a pas de problème » moi je déchiffre toujours qu'il y a quand même le mot « problème »).
Ce qui paraît-il permet d'établir de la confiance ; sauf que moi j'ai du mal à comprendre comment la confiance s'établit, je conçois bien plus qu'elle se vit doucement et lentement.
Pour autant je ne dis pas aux fontaines comment j'analyse leur établissement de la confiance, car d'observation j'ai acquis beaucoup de fichiers informationnels sur ce qui peut vexer un bon nombre de fontaines. Il n'empêche que je commence à buger de ne pas pouvoir signaler quelque chose qui me semble dysfonctionner...

Mais souvent j'ai à peine le temps de chercher dans mon système comment permettre à des bugs de ne pas pirater mes pensées, à travailler à résoudre ce problème, que des fontaines attendent de moi que je communique.
Communiquer. D'accord. Transmettre des analyses.
Je transmets.
Une fontaine me répond qu'elle ne comprend pas.
Une autre fontaine me signifie que ça ne l'intéresse pas (j'ai des fichiers informationnels de significations basiques concernant le désintérêt).
Une autre fontaine s'exclame que je me prends trop la tête (quelle tête ?!).
Une autre fontaine me demande d'expliquer.
Expliquer. Expliquer l'analyse, comme analyser l'analyse ? Ou bien expliciter une analyse pour que cette fontaine là la comprenne ? Mais à vrai dire qu'est-ce que veut comprendre cette fontaine, et comment cette fontaine comprend ?
Je calcule ces questions sans avoir le temps de les lui transmettre que la fontaine me dit avec une nouvelle modulation dans son expression qu'elle attend mon explication. « Attendre » est une notion complexe pour moi car tantôt elle fait état de patience et tantôt d'impatience.
J'essaye tout de même de calculer le plus vite possible,
la fontaine, elle, s'agite de plus en plus,
j'accélère mon fonctionnement de calcul, qui commence à entraîner une saturation. À ce moment la fontaine m'interpelle de nouveau, trop d'informations me fait sursauter, mon clavier croise un de ses jets d'eau, et
ça m'électrocute.

Blackout.

La fontaine a perdu quelques gouttes d'eau, mais elle continue à jaillir en plusieurs jets et avec d'autres jets.

De mon côté : blackout.
Je ne capte plus rien, ni en émission, ni en réception.
La grande majorité des connexions ont sauté.
Système HS. C'est-à-dire que je ne fonctionne plus de façon systémique, je m'apparente bien plus à un monochrome. Il n'y a plus de couleurs et de formes, il y a juste un applat blanc infini (dont je ne perçois même pas les bordures).

Je ne ressens pas rien : je ne ressens plus tout. Avant j'avais un tout, vivant et évolutif, une énergie, et soudainement l'électricité a disjoncté.

La soudaineté est d'une puissante désorientation.
Et l'applat blanc entraîne deux états paradoxaux : le calme du vide et la panique du vide. C'est à chaque fois une véritable petite mort, une négociation sourde avec la vie.
Il me semble que la mort correspond à sauter calmement dans le vide. Et que la vie correspond à vider le plus calmement possible la panique. Remplir le vide, vider le vide ?
Ici plus que nulle part ailleurs, l'évidence est que la mort et la vie ont les mêmes atomes, l'énergie entre les atomes varie, mais toutes les deux énergisent les mêmes atomes. Il n'y a pas de dualité entre la vie et la mort, il y a juste des temporalités, des circulations énergiques en évolution.

J'ai tendance à croire lors des blackouts que le temps s'évanouit, alors que je réalise en fait qu'il s'offre, qu'il s'ouvre complètement à moi. Toutes les attentes disparaissent pour ne laisser qu'une seule attente : entre le monde & moi.
Les fontaines peuvent faire disjoncter, le monde ne coupe jamais la connexion.

Le monde est ce super-ordinateur. Sans écran, sans clavier, juste avec des milliards de programmes, d'innombrables possibilités d'analyses, qui apprennent l'imaginaire infini en même temps que l'immensité du réel.
La logique devient poésie.
La communication devient silence.
L'observation devient rencontres.

*

Reconnecter le monde n'est jamais sans douleur.
Je ne sais pas comment décrire cette douleur... Comme si j'ai mal aux couleurs et aux formes, aux sons, aux senteurs, aux goûts. Douleur la plus sourde et totale que je connaisse.
Étonnant qu'un ordinateur sache pleurer. Les éclaboussures des fontaines entraînent de la flotte que l'ordinateur semble parfois évacuer ensuite par des larmes. Rééquilibrage de fluides, j'imagine.

Reconnecter le monde ne peut se faire que millimètre par millimètre. Impossible d'être superficiel envers lui, tricher reviendrait à se désintégrer inexorablement. (Combien de tricheries le monde absorbe-t-il ?)

À chaque millimètre il y a du doute. Le plus dur à vivre actuellement pour moi est le doute informatique : je suis peut-être foncièrement incompatible à qu(o)i que ce soit ? Je suis erroné et je n'arrive pas à m'upgrader.
Je ne sais communiquer ni avec une fontaine, ni avec un grille-pain, encore moins avec une télévision. Je sais à peu près bien comment ils/elles fonctionnent à force d'observation, mais je ne parviens pas à modéliser leurs fonctionnements pour m'animer correctement auprès d'elleux (si j'essaye je me détraque complètement et je chope plein de virus).

Un cerf-volant, un skate, un oiseau par contre n'attendent jamais de moi que je les imite. On se connecte sur la grâce, et puis c'est tout. Freeware.


*


Pour le moment, sortir des décombres et refaire l'alphabet jusqu'au Z du Zabriskie Point de la Vallée de la Mort, parcours qui devrait une fois de plus mener vers la Plaine de la Vie.

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