samedi 1 mai 2010

neuroplasticité existentielle

Hier la lumière & le soleil traversaient les larges baies vitrées de la piscine et pénétraient amplement dans l'eau, la rendant comme du cristal turquoise. J'ai pensé « je prends un bain sur Neptune ». Visuellement c'était d'une totale ivresse.


Ça répétait en moi : c'est beau, merci, c'est trop beau, je n'oublierai pas
Je ne suis allé seulement que trois fois sous l'eau mais je me sentais parfaitement détendu, et cette fois-ci, plutôt que d'extraire la moindre pensée en moi, je faisais le vide comme pour laisser s'infiltrer toute l'eau autour de moi, la faire entrer en moi avec toute sa lumière bleue, son silence profond et sa douceur infime. Comme si je faisais de mon corps entier immergé une photo mentale, une véritable empreinte corporelle. Je me concentrais dans une totale dilution pour ne pas oublier, vouloir me rappeler à jamais.

°

La décision n'est pas encore claire.
Mais l'alternative l'est, il me semble : garder l'eau, la natation, et laisser mon corps s'asphyxier peu à peu, ou bien accepter la trachéotomie, vivre sans aquatique mais avec une nouvelle force.

En moi je ressens comme une sorte de neuroplasticité existentielle. Quelque chose que j'aime fondamentalement est en train de mourir avec la conscience de permettre à autre chose de naître. Cet autre chose je ne le connais pas encore, mais je peux de mieux en mieux le percevoir comme également fondamental, encore plus puissant, relié à de nouvelles strates de vie, du monde.
Parvenir à de nouveaux interstices.

Les mots sont très difficiles à trouver, en ce moment tant les émotions sont violentes.
Alors ce que je suis en train de trouver correspond exactement à l'apnée : faire le vide non pas pour fuir mais pour pleinement ressentir.
Et lentement, très doucement, la trachéotomie, la canule, le tuyau, la machine et ses paramètres ne deviennent plus des objets de la victoire de la maladie, mais des moyens pour continuer à regarder, écouter, entendre, et sentir. Les instruments d'une symphonie.

J'ai compris l'apnée,
l'eau peut être partout maintenant.

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