vendredi 2 avril 2010

créer l'océan

Well. Il faut probablement accepter que la période est trouble. Que je suis dans des eaux troubles.

C'est logique, sauf que suis toujours extrêmement exigeant avec moi-même, se persuadant de trouver des solutions par moi-même, de réagir depuis mon intellect (focus), de réduire efficacement mes déséquilibres-erreurs... Mais depuis avant-hier je me noie si je m'agite. Et c'est une autre logique : on se noie lorsqu'on brasse désespérément. Technique évidente : se laisser flotter, se laisser porter. Ok.


Hier piscine, besoin d'éteindre mes pensées.
Une très bonne piscine, celle où je vais désormais depuis plus d'un an, bien équipée, eau oxygénée, et mon bassin d'entraînement généralement dans les 30°, parfait. Malheureusement, lorsque j'arrive l'agent d'accueil m'informe que mon bassin est de nouveau fermé pour problèmes techniques (« je suis très embêté, je sais que nager est vraiment important pour vous »). J'hésite, puis je décide d'aller dans le bassin sportif... Mauvaise idée : dangereux car mon assistante n'a pas rapidement pieds, le système technique pour me mettre à l'eau est douloureux, je suis fatigué et donc l'eau m'est froide.
Pour autant je nage (toujours sur le dos), de toutes mes forces ==> pour moi : quelques centimètres d'avancés = des millièmes de millimètres de concentration-effort pour connecter les nerfs/mus
cles et trouver cette fameuse ondulation que je cherche passionnément. De plaisir, je crois que je n'aurais vraiment qu'une dizaine de secondes, où je parviens à caler une ondulation des épaules aux genoux, limpide, suave, je glisse tout seul, woah... je souris aussi bizarrement qu'un dauphin... Mais ce jour là il y a un évident déséquilibre entre mon esprit et mon corps, je me sens angoissé, je panique vite, peur de l'eau, « de m'étouffer ».
Je sors. Dans les vestiaires, la maître nageuse - douce, attentionnée - vient me trouver, elle me demande quelle est mon angoisse. « Peur de m'étouffer ». Alors profondément envie d'aller dans l'eau avec elle, de flotter tranquillement pendant que la nuit tombe, et de lui parler de l'annonce de la trachéotomie, de ma peine, de mes craintes... Mais je l'écoute : elle me dit qu'il faut que j'apprenne à mettre ma tête sous l'eau sans masque. J'en rêve ! Mais je n'ai plus confiance en mes voies respiratoires supérieures, suis paumé. Elle dit que je vais y arriver, qu'elle me voit souvent heureux dans l'eau et qu'aujourd'hui j'étais anormalement angoissé.

Suis rentré chez moi contrarié. Je peux °encore° aller dans l'eau, pourtant ce jour j'ai eu beaucoup de mal à trouver l'eau.

La nuit je dors mal. Je rêve que je m'étouffe, je me réveille plusieurs fois en panique... constatant qu'en effet je respire très mal. Psychologique ? Physique ? Les deux, probablement.

Une amie vient prendre le petit-déj avec moi. Suis mentalement blanc
, on parle de la trach', de l'avenir, j'ai envie de pleurer mais je serre la mâchoire... Elle active quelque chose de magique : elle me parle d'où se trouve la maison à l'île de Ré qu'elle me prête et où je vais fin juin, j'entends la mer, du silence, de l'étendue.
Ce qui me donne goût à me mettre au boulot ensuite. Il y a une dizaine d'années à l'université il m'arrivait fréquemment d'écouter un cours, activement en prenant des notes, tout en lisant en même temps un roman. [Un jour un prof n'avait pas supporté de me voir lire, il m'avait sommé de lui exposer ce qu'il était en train de dire, je l'avais fait sans difficulté, car je lisais autant que je suivais.] Et aujourd'hui ça s'est reprodu
it, plus intensément : j'écoutais et prenais les notes d'une conférence audio pour un cours, en arrière-fond je percevais de la musique, puis je me suis mis *en même temps* à lire un blog. Je sais depuis longtemps que j'ai parfois cette capacité - imprévisible - à concentrer mon esprit sur plusieurs discussions, plusieurs activités, plusieurs visibilités. Sauf qu'aujourd'hui je l'ai vécu de cette façon : dissémination. Du trop pour oublier, pour éviter. Je suis sans dessus dessous, comme si mon esprit a reçu un énième choc trop déstabilisant. Je chavire.

Ai arrêté le travail. Et appelé la piscine : mon bassin d'entraînement était encore fermé.
Je décide alors de tenter une autre piscine. Une fois de plus, mauvais choix (dissémination = mauvais choix ? sûrement). L'information de cette piscine est mensongère, il n'y a pas de matériel adapté pour me descendre à l'eau confortablement, le personnel est franchement irrespectueux avec moi, et évidemment l'eau est chlorée et encore plus froide qu'hier. Je ne nage pas très bien car suis toujours angoissé, j'essaie de me ressaisir en me concentrant à mettre la tête nue sous l'eau, je n'y parviens pas. Eaux troubles.
Alors je décide de me laisser porter, de me laisser aller. Juste la douceur de l'eau. Quelque chose s'apaise un peu. Et je ressens plus distinctement ce qu'il y a au fond de moi, au creux de ma vie actuellement : de la peur. Peur de ne plus maîtriser mon corps, et peur de perdre ce/ux que j'aime. La CoPilot a dit hier que ma vie est une forme d'accélération : de ma compréhension des choses à la dégradation de mon corps. Oui, accéléré. Mais là, évidemment, je trouve que « ça » va trop vite.

Ok, eaux troub
les.
J'ai besoin de temps et d'espace interne.


Idéalemen
t : marcher au bord de l'océan. En attendant, je vais créer cet océan dans ma tête.

*


Aujourd'hui lorsque je me suis détendu, j'ai pris ces photos.





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